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Comprendre ce qui se passe et ce qui va se passer (2)

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Deuxième article : La folie contagieuse de la création de richesse

La « création de richesse », portée qualitativement par la croissance et quantitativement par le Produit Intérieur Brut national ou mondial, est un mythe, terriblement ancré dans les esprits et nourrissant les rêves d’un pays de Cocagne imaginaire, flattant les peuples, les trompant et faussant totalement la démocratie.

En premier lieu la richesse ne se crée pas, pas plus que la justice ou la pureté. Les trois se constatent.

Le beau, le bien et le vrai qui se constatent sans se créer, se marient deux a deux pour donner le juste avec le bien et le vrai, le pur avec le vrai et le beau et le riche avec le beau et le bien. L’équilibre stable du cumul des recherches du beau du bien et du vrai, fait que chacun cherche ce qui lui manque. La justice cherche le beau en se rendant dans des palais, la pureté cherche à être bonne bien qu’il y ait des purs salauds, et la richesse à être vraie, ce à quoi elle renonce aujourd’hui. Justice pureté et richesse ne sont que des regards qui varient suivant les civilisations. Amadou Toumani Touré disait du Mali qu’il était riche de la famille.

Notre société croit créer la richesse avec les notions, qualitatives de développement économique et de croissance, et quantitatives de valeur ajoutée et de PIB. Ce sont ces approches quantitatives qui font sérieux et convainquent beaucoup de gens de la fausse réalité des approches qualitatives de croissance et de développement économique. Ce sont donc ces deux notions du PIB et de la valeur ajoutée qu’il est nécessaire de désacraliser tellement elles sont les pieds d’argile de nos erreurs colossales qui faussent nos jugements.

La valeur ajoutée est d’abord la base d’une taxe conçue entre les deux guerres, mise en place pour les grandes entreprises le 10 avril 1954 et étendue par Giscard au commerce de détail le 6 janvier 1966. Cette taxe oblige les commerçants à un travail non rémunéré de percepteur. Le nom a été choisi pour plaire et nous avons oublié d’ajouter que cette valeur ajoutée est conditionnelle. La valeur ajoutée est en réalité la valeur qu’ajoute une entreprise à ce qu’elle paye à l’extérieur pour pouvoir produire, à la condition essentielle que des clients viennent s’appauvrir du prix d’achat qui est l’addition de ce que l’entreprise a payé à l’extérieur et de ce qu’elle espère ajouter par son travail. Autrement dit macro économiquement il n’y a aucun ajout de valeur. Il y a au mieux un échange, le client abandonnant par le prix payé, ce que l’entreprise a accumulé. Au pire si le client n’est pas là, l’entreprise a perdu ce qu’elle a dépensé à l’extérieur comme à l’intérieur, la production devenant embarras puis déchet. La TVA est faussement une taxe sur une valeur ajoutée, elle est une taxe sur l’activité d’échange entre l’acheteur et le vendeur, une taxe sur le mouvement.

Le Produit Intérieur Brut, ou Produit National Brut selon que l’on s’intéresse à ce qui est produit sur le territoire ou par les nationaux, n’est en aucun cas un produit, le nom ayant encore été choisi pour plaire et n’est qu’une traduction servile du Gross Domestic Product américain. Le PIB n’est que la somme de tous les échanges entre une activité et de l’argent, ce que l’on appelle une dépense, chiffrage d’une activité : vente, subvention, salaire ou investissement. Le PIB n’est donc que le chiffrage de productions vendues, qu’elles soient réelles quand la monnaie était une réserve de valeur, ou artificielles comme c’est le cas actuellement avec la monnaie-dette.

Le PIB se calcule théoriquement de trois façons :

Le chiffrage des productions vendues

L’addition de tout l’argent dépensé

La somme des échanges réalisés

 

L’INSEE diffuse malheureusement des erreurs plus ou moins volontaires.

Jusqu’en janvier 2021 l’INSEE définissait correctement le PIB comme une mesure d’activité, même si les mots choisis étaient plus souvent techniques que compréhensibles :

Agrégat représentant le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes.
Il peut se définir de trois manières :

– le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches d’activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits (lesquels ne sont pas affectés aux secteurs et aux branches d’activité) ;

– le PIB est égal à la somme des emplois finals intérieurs de biens et de services (consommation finale effective, formation brute de capital fixe, variations de stocks), plus les exportations, moins les importations ;

– le PIB est égal à la somme des emplois des comptes d’exploitation des secteurs institutionnels : rémunération des salariés, impôts sur la production et les importations moins les subventions, excédent brut d’exploitation et revenu mixte.

 

En janvier 2021 l’INSEE qui est devenu au fil du temps un EHPAD pour polytechniciens et se voulant moins abscons, a fait l’effort de changer la forme de ses définitions tout en assénant pour la première fois la fausse notion de création de richesse, abandonnant idéologiquement celle exacte d’activité (le surlignage en gras et les majuscules ne sont pas de l’INSEE mais peuvent se lire en continu) :

LE PRODUIT INTÉRIEUR BRUT au prix du marché VISE A MESURER LA RICHSSE CRÉÉE par tous les agents, privés et publics, sur un territoire national pendant une période donnée. Agrégat clé de la comptabilité nationale, il repré­sente le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes.

LE PIB aux prix du marché PEUT ETRE MESURÉ de trois façons :

  • selon l’optique de la production, en faisant la somme des valeurs ajoutées de toutes les acti­vités de production de biens et de services et en y ajoutant les impôts moins les subventions sur les produits ;
  • selon l’optique des dépenses, EN FAISANT LA SOMME DE TOUTES LES DÉPENSES finales (consacrées à la consommation ou à l’accroissement de la richesse) en y ajoutant les exportations moins les importations de biens et services ;
  • selon l’optique du revenu, en faisant la somme de tous les revenus obtenus dans le processus de production de biens et de services (revenus salariaux, excédent brut d’exploitation et revenu mixte) et en y ajou­tant les impôts sur la production et les importa­tions moins les subventions.

 

La manipulation de la notion du PIB permet aux médias de diffuser l’idée que le PIB est le chiffrage de la création annuelle de richesse dont évidemment chacun se gargarise d’utiliser des pourcentages. A titre d’exemple la « richesse créée » par les « agents publics » est calculée en additionnant tous les salaires des fonctionnaires. Plus il y en a et plus ils coûtent cher, plus le pays est riche nous affirme l’INSEE. Arriver à soutenir qu’en faisant « la somme de toutes les dépenses » faites avec de la monnaie-dette on arrive « à mesurer la richesse créée » est l’une des folies qu’il est aujourd’hui quasiment interdit de dénoncer. Les critères de Maastricht, décidés sur le coin d’une table par des incompétents, doivent pourtant être bien compris dans leur incohérence. L’INSEE les rappelle :

Situation des finances publiques :

  • a. Interdiction d'avoir un déficit public annuel supérieur à 3 % du PIB [N-1].
  • b. Interdiction d'avoir une dette publique supérieure à 60 % du PIB [N-1].

 

Le PIB étant « la somme de toutes les dépenses », il suffit donc, d’après le traité de Maastricht, de dépenser davantage pour s’autoriser des déficits supplémentaires et une dette plus importante ! Cela pouvait encore se comprendre quand la monnaie était limitée, ce qui était encore le cas quand les monnaies étaient liées au dollar lui-même lié à l’or. Malheureusement les Politiques n’avaient pas encore réalisé le 7 février 1992, en signant le traité de Maastricht, que depuis le 15 août 1971, et donc depuis plus de 20 ans, les monnaies n’étant plus liées à l’or, n’étaient donc plus des réserves de valeur, la FED ayant fabriqué cinq fois plus de dollars qu’elle n’avait d’or à Fort Knox.

Les monnaies n’étant plus liées à une richesse reconnue et n’étant donc plus limitées quantitativement, les critères de Maastricht deviennent la sottise absolue : « Plus vous dépensez, plus vous pouvez emprunter et dépenser ». C’est tellement insoutenable que nous nous servons de leur incohérence pour ne rien respecter et dépenser toujours plus, par besoin d’argent, de « moyens » comme disent tous les quémandeurs. Mais en faisant croire que le PIB mesure la richesse créée comme c’est répété sans vergogne tant à l’université que dans les médias, on arrive à faire croire au peuple que nous sommes riches puisque nous dépensons de l’argent que nous n’avons pas. Nous raisonnons quasiment tous sur cette erreur fondamentale qui rend malheureusement provisoirement crédibles tous nos équilibres instables.


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3 réactions à cet article    


  • lecoindubonsens lecoindubonsens 7 février 2023 18:00

    Pour montrer encore plus l’absurdité du PIB, c’est le PIB par habitant qu’il faut regarder

    si l’on en croit
    https://atlasocio.com/classements/economie/pib/classement-etats-par-produit-interieur-brut-par-habitant-monde.php

    en 2017, selon les pays, la production par habitant est multipliée par 3 à 6 en 37 ans (1980 vers 2017), bon admettons d’énormes gains de productivité !

    mais alors, si nous nous contentions du niveau de vie de 1980 (qui était tout à fait supportable smiley j’en témoigne pour les plus jeunes d’entre vous), nous pourrions produire, donc travailler 3 à 6 fois moins !!! oublions les problèmes de réforme de retraite puisque 3 à 6 fois moins d’actifs suffiraient pour que tous consomment comme en 1980 !

    MAIS SURTOUT l’habitant de Monaco ou du Liechtenstein produit 4 fois plus que le français, le suisse 2 fois plus que ce français. Est ce bien crédible, sont-ils 2 ou 4 fois plus malins, courageux, travailleurs que nous ? Les modes de vie, sans être identiques, ne sont-ils pas assez comparables pour contester de telles différences ?

    Et si en plus on ajoute que ce français, si faible par rapport aux autres, produit pourtant 5 fois plus que le chinois, réputé pour être le fournisseur du monde dans bien des domaines. Bizarre, vous avez dit bizarre ...

    Risible ! oui, vous l’avez compris.

    Tout cela (avec quelques variantes de chiffres) était déjà dénoncé en 2016

    http://lecoindubonsens.unblog.fr/2019/03/23/pib-taux-de-change-attention-aux-comparaisons-stupides/


    • Moi ex-adhérent 8 février 2023 07:51

      Le déficit d’un pays devrait se calculer entre les recettes fiscales et les dépenses de fonctionnement. L’endettement d’un pays, c’est la somme de tous les emprunts directs cumulés avec en exergue, la somme de toutes les cautions de l’Etat pour les emprunts des sociétés mixtes (Etat ayant une participation au Capital) et autres, généralement déficitaires par principes. La balance commerciale entre les produits vendus à l’exportation et achetés l’importation. intra UE et hors UE.

      Le PIB sert à noyer le poisson.

      Comme une agence commerciale voulant comparer son déficit par rapport à son chiffre d’affaire total, au lieu du total de ses commissions reçues.

      C’est vrai que les banquiers n’ont pas le sens développé de l’humour.


      • lecoindubonsens lecoindubonsens 8 février 2023 08:09

        @Moi ex-adhérent
        Et pourquoi pas ...

        Le déficit d’un pays devrait se calculer entre les

        achats et les ventes, c’est à dire le cumul de

        • la balance commerciale annuelle (écart importations/exportations)
        • la balance commerciales des biens possédés (écart possessions françaises à l’étranger et possessions étrangères en France), incluant emprunts et prêts
        ce qui donne un déficit (ou solde positif) de la France vis à vis du reste du monde.
        Avec pour objectif un solde lissé nul.

        Et par ailleurs, en interne France, des lignes de crédits (genre Banque de France) permettant d’investir dans de nouveaux projets
        avec remboursement si le projet aboutit
        avec annulation si le projet échoue (activité donc inutile assimilée ... à du loisir !)

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